Ce que tout antifasciste devrait (enfin) comprendre

Cet article est la copie presque conforme d’un commentaire que j’ai pu lire sur facebook. En deux points, et en se servant des concepts de « polemos » (démocratique ou armé) il aide le combat antifasciste à se repenser avec d’autres méthodes plus en phases avec la société que tout démocrate souhaiterait construire.
Action-antifasciste

Il existe deux types de « polemos » : le « polemos démocratique », et le « polemos armé ». Le premier correspond aux joutes verbales pour se mettre d’accord en régime démocratique. Le second est la recherche de destruction de son opposant.

Pour prendre un méchant bien connu, quoique pense Soral, il est non seulement anti-démocratique, mais aussi dangereux (!), de l’exclure du débat politique public. Je vous conseille donc ce petit article de Sylvain Rochex sur le polemos.


1) Il se trouve que je fais de la didactique des mathématiques, et je peux vous dire que ce principe du « polemos » me parle car il se retrouve dans tout RÉEL apprentissage : pour bien comprendre une notion, il faut mettre en lumière ses contradictions, les obstacles qu’elle comporte, et non pas essayer de les étouffer ou les enfouir. Bien sur le professeur peut passer sous silence tous les points sombres, et alors les élèves auront peut-être une bonne note car ils auront bien appris comment refaire les exercices que l’on va leur redonner (principe du « bachotage » à l’école, ou de la « bien-pensance » en politique), mais ils passeront à côté d’une compréhension profonde (celle qui sera réellement utile) des phénomènes. Les principes du débat scientifique en classe (théorie didactique) montre que même les « mauvais élèves » ont un rôle a jouer pour faire avancer la communauté de classe. Bien sûr, il y a par ailleurs beaucoup de choses qu’ils n’ont pas comprises, mais leur point de vue permet justement de mettre en lumière des difficultés que les élèves plus « scolaires » n’auront pas vu. Et ils ont aussi de bonnes idées ! Justement PARCE QU’ILS ont une autre vision (certes souvent erronée) des phénomènes.
Donc les inclure dans la communauté de classe pour résoudre un problème a le double avantage suivant :
a) Mettre en position active et autonome tous les élèves. Ils se sentent utiles à la communauté, ce qui les poussent à agir pour le bien de la communauté de classe (et développe ainsi la vergogne chez eux). Le fait que l’opinion de chacun puisse être soumis à la critique de l’ensemble de la communauté ne va pas les pousser à agir dans l’intérêt contraire ;
b) cela permet à la communauté de classe de mettre en lumière des difficultés ou points sombres qui n’avaient pas été perçus ; et même de faire émerger des (bonnes) idées pour faire avancer la communauté.
(c) Sans compter que c’est réellement conforme à notre idée de démocratie)

Bien sûr vous voyez combien les conditions à mettre en place dans la classe sont cruciales. Pour que les zones d’ombres puissent être éclaircies dans la tête de chacun, et que les idées puissent émerger, il faut qu’il y ait un climat de confiance, il ne faut pas que les élèves qui s’expriment aient le sentiment qu’ils seront jugés ou raillés s’ils disent une « bêtise ». Il faut que cette « bêtise » puisse sortir pour l’exorciser. Si elle reste, l’élève va construire une connaissance avec une idée fausse en tête, et plus elle sera ancrée, et plus il sera difficile de la déconstruire. Et puis, parfois cette bêtise n’en est pas une. Mais seule une confrontation avec les autres arguments permet de mettre en lumière une bonne idée utile à la communauté (de classe) ou détruire une « bêtise ».
Le débat est la mise en scène du polemos démocratique justement. Si l’on ne permet pas de le mettre en place, c’est un polemos armé qui prendra le relai.
Ce que je viens d’un peu développer est bel et bien un mécanisme réel d’apprentissage ; et c’est en même temps une métaphore pour le cas Soral ou toute autre personne étiquetée comme « mauvais élève ». D’ailleurs ce statut n’est pas permanent, il peut évoluer (et il évolue de fait lorsque l’on met en place les conditions pour), et est valable dans un système (éducatif) donné, pas nécessairement dans un autre (une démocratie ?).

Et je répète ce qui vous a déjà été dit quelques fois par de vrais défenseurs de la démocratie : à partir du moment où l’on considère quelqu’un comme inférieur car n’ayant pas la même pensée que nous, l’on divise les êtres humains (ceux qui pensent comme nous, « supérieurs », et les autres « inférieurs »), et l’on dérive inéluctablement vers un régime fasciste. Pas la peine de vous rappeler que c’est ce type de raisonnement qui a historiquement mené aux différents génocides. Qu’il s’agisse de « races », de religions, ou de pensées, peu importe ; le principe reste le même : certains sont supérieurs, méritant, les autres, inférieurs doivent être exclus.

2) Ce que je viens d’expliquer s’applique a fortiori dans le cas d’Étienne Chouard (aux vues des récentes polémiques), qui n’est pourtant pas un « mauvais élève » (enfin si, je comprends qu’est « mauvais élève » toute personne refusant d’ostraciser une autre, ou un groupe d’autres). Il me semble que le point 1) montre bien qu’Étienne, pourtant pas didacticien, ait bien intégré les principes énoncés ci-dessus. Le « mauvais élève » qu’est Soral ne doit pas être exclu du débat SI L’ON NE VEUT PAS QUE SON POLEMOS DEVIENNE ARMÉ. En stigmatisant Soral et l’excluant (PARCE QUE c’est un régime totalitaire qu’il pourrait défendre), c’est en quelque sorte une prophétie auto-réalisatrice que vous provoquez.
De plus, ce que dit Chouard, c’est que tout « mauvais élève » qu’est Soral, il n’en reste pas moins qu’il a, sur certains points, de bonnes analyses, dont il serait idiot de se priver (si c’est bien l’intérêt général que l’on recherche). Le fait qu’il soit par ailleurs peut-être (mais je n’en sais rien, n’étant pas dans sa tête) antisémite, misogyne, etc, N’ENLÈVE RIEN à la pertinence de son analyse du sionisme, SI CELLE-CI EST BIEN PERTINENTE. Si non, la démonter (tout simplement) !
Alors je vous vois écrire parfois « mais d’autres aussi dénoncent très bien ceci, inutile de se référer à Soral. »
A quoi je répondrais :
– premièrement : « Qui ? Qui dénonce le sionisme sans être accusé d’antisémitisme ???? Je suis vraiment curieux ! »
– deuxièmement : quand bien même il y en aurait d’autres, et alors ??? Citons les autres oui, mais citons aussi Soral. Vous voulez développer la vergogne chez Soral ou ses « adeptes », et que leurs positions changent par ailleurs sur d’autres sujets ? Alors reconnaissez-lui ceci, arrêtez de les stigmatiser, et vous verrez comme les gens peuvent évoluer.

En conclusion, je reste ABSOLUMENT CONVAINCU que la position d’Étienne envers « les autres » – et de laquelle la pression subie l’a fait douterétait, EST, et SERA la seule position possible pour construire une société démocratique digne de nom, avec comme principes de base notamment l’égalité humaine et politique, et l’isegoria.

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Merci aux deux Chris ayant contribué plus ou moins involontairement à ce billet.

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6 réflexions sur “Ce que tout antifasciste devrait (enfin) comprendre

  1. Ah ben merci! J’ai eu un débat en anglais où nous n’étions que 2 sur 15 à défendre la liberté d’expression de racistes et autres personnes ayant de tels propos, mais je commençais à tomber à court d’argument. Le principal argument pour la limite de la liberté d’expression étant que la pression sociale ferait changer d’avis les « mal pensant ». J’aimerais connaître d’autres arguments de défense « totale » de la liberté d’expression, en avez-vous?

    • « Ce qu’il y a de particulièrement néfaste à imposer silence à l’expression d’une opinion, c’est que cela revient à voler l’humanité : tant la postérité que la génération présente, les détracteurs de cette opinion davantage encore que ses détenteurs. Si l’opinion est juste, on les prive de l’occasion d’échanger l’erreur pour la vérité ; si elle est fausse, ils perdent un bénéfice presque aussi considérable : une perception plus claire et une impression plus vive de la vérité que produit sa confrontation avec l’erreur » John Stuart Mill, 1859

      On ne combat pas des idées en les bâillonnant, on pousse simplement les gens à devenir plus sournois et hypocrites, à ne pas afficher ce qu’ils pensent au grand jour sans revenir un instant sur leurs idées. Au contraire même, le sentiment de persécution les renforce et leur donne une légitimité par elle-même : « on me censure donc je dois dire vrai »
      Au passage, la défense de la liberté d’expression n’est jamais totale, elle se limite aux atteintes à la personne telles que menaces, appel à des actions immédiates, diffamation (livre fortement recommandé : La République des censeurs, Jean Bricmont).

  2. Pingback: « Antifas , profs et journalistes poussent à l’annulation de conférences | «Pour que la souveraineté appartienne au peuple — Qu'il s'en saisisse !

  3. Les adversaires de Soral ont deux principes non négociables :
    1) On ne discute pas avec Soral (ni avec le cousin de sa concierge).
    2) Tous les moyens sont justifiés pour combattre Soral (sans aucune réserve morale ou éthique).

    En réalité, ce n’est pas le racisme supposé de Soral qui est combattu, mais sa volonté de redonner le pouvoir au peuple.
    Et c’est bien parce que leur position est inavouable et indéfendable que les antifas refusent systématiquement de discuter.

    C’est cette absurdité qu’il faut dénoncer : donner le pouvoir au peuple n’est ni fasciste, ni populiste.
    Les antifas sont les nervis de l’oligarchie et ce n’est pas une simple figure de style de le dire haut et fort.

    En définitive, celui qu’il faut convaincre, c’est le Français moyen…
    Celui qui pense que fermer les yeux et se taire est le plus sûr moyen d’améliorer son confort…
    Et de se protéger contre l’opprobre qui frappe les déviants et les mal-pensants.

    On remarquera que les discours dits responsables insistent tous sur l’aspect fini du gâteau à partager…
    Et que les projets politiques s’évaluent en demi-points de croissance !

    Jamais l’humanité n’a eu autant de raisons d’avoir confiance en l’avenir et d’être enthousiaste.
    Et pourtant tout se passe comme s’il fallait absolument dissuader les hommes d’espérer…
    Étonnant, non?

  4. Pingback: L'idée du tirage au sort attaquée | Freezon

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